Une étude quasi ethnologique met en lumière les comportements liés au téléphone mobile
Ces fous parlants et leur drôle de machine
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Vous n'avez aucun coup de fil à passer ? Pas grave, vous dégainez quand même votre portable, histoire de vérifier l'heure, la batterie, le réseau, et... vous passez la journée à le manipuler comme ça, sans cesse ni but. Inutile de nier : des chercheurs vous ont vu. Dix universitairse du Celsa, l'école des sciences de l'information et de la communication de la Sorbonne, ont passé six mois à vous observer dans les cafés, bureaux, bibliothèques, pour une vaste étude commandée par l'Association française des opérateurs mobiles.
Premier constat : l'utilisateur de portable est compusif. « On a calculé que ceux qui entraient dans la gare du Nord n'attendaient jamais plus de deux minutes avant de sortir leur téléphone, explique Joëlle Menrath, chargée de cours au Celsa. C'est même devenu un rituel d'installation dans les lieux publics. » Et les appels ? On les passe de partout, souvent à voix haute, sans peur de gêner un voisin qu'on juge équipé (comme 72 % des Français), et donc compréhensif. Les ethnologues parlent de « communauté compatissante ».
Mais leur champ d'étude ne s'arrête pas là. Le rapport, qui sera publié mi-mai, s'attaque aussi à la représentation du portable dans l'imaginaire collectif. Au cinéma, par exemple. Les réalisateurs des années 90 l'utilisaient comme signe extérieur de richesse : dans Pretty Woman ou Wall Street, le portable favorisait ainsi l'« effet Rolex ». Une fois démocratisé, il sert plutôt de ressort dramatique. Capable de susciter des gags, comme ce bon vieux « Je vais passer sous un tunnel », qui coupe court à la conversation (La vérité si je mens ! 2). Ou des péripéties : « Dans la série 24 Heures chrono, le téléphone a supplanté l'arme dans la panoplie du héros, soutient Joëlle Menrath. C'est le fait que Jack Bauer soit joignable ou non qui crée le suspense. » A se demander ce qu'auraient inventé Tati ou Hitchcock avec pareil objet...
Erwan Desplanques - Télérama n° 2883 du 13 avril 2005
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